1. Accueil
  2. Attachement évitant
  3. Dépasser la peur de l’abandon

Dépasser la peur de l’abandon : changer l’attachement anxieux

Par Elias FreiMis à jour le 5 août 202612 min de lecture

La plupart des textes de ce site l’expliquent, lui. Celui-ci vous explique, vous. Car dans une dynamique faite de deux systèmes d’attachement, il y a exactement un côté que vous pouvez changer, et ce n’est pas le sien. Cela paraît d’abord injuste. C’est aussi la seule bonne nouvelle qu’on puisse honnêtement vous donner.

Ce qu’est réellement l’attachement anxieux

En bref

L’attachement anxieux n’est pas un trait de caractère ni un trop-plein d’amour. C’est un système d’attachement qui donne l’alarme particulièrement facilement face à la distance et passe alors en hyperactivation : chercher plus de contact, vouloir tirer au clair, s’accrocher. Environ 20 pour cent des adultes portent ce schéma.

L’origine se trouve le plus souvent dans une expérience d’imprévisibilité. Non pas de rejet, mais de manque de fiabilité : parfois quelqu’un était là, parfois non, et pour un enfant il n’était jamais prévisible quelle version arriverait. De là naît une stratégie aussi intelligente que l’évitante, simplement de signe inverse : reste vigilante, tiens le lien, ne lâche pas et il ne se rompra pas.

C’est pourquoi le mot « en demande » est une description fausse. Ce que vous vivez n’est pas un excès de besoin mais un système d’alarme au seuil de déclenchement très bas.

Vous n’êtes pas trop. Votre alarme se déclenche simplement avant la sienne.

Pourquoi cela fait mal physiquement

En bref

Le rejet social est traité dans le cerveau en partie par les mêmes régions que la douleur physique. Oppression dans la poitrine, estomac noué, insomnie : ce n’est pas de l’hypersensibilité mais une réaction mesurable. Votre corps croit réellement être en danger, et de son point de vue il a raison.

S’y ajoute un second amplificateur rarement nommé. Dans une relation avec une personne évitante, chaleur et froideur alternent à intervalles imprévisibles. B. F. Skinner a montré que c’est précisément ce schéma, la récompense irrégulière, qui ancre le plus fortement un comportement. C’est le principe même de la machine à sous.

Cela explique pourquoi la raison sert ici à si peu. Vous ne luttez pas contre une erreur de raisonnement, mais contre du conditionnement plus du traitement de la douleur. Qui se condamne pour cela se condamne pour de la biologie.

La différence qui change tout

En bref

Le but n’est pas de ne plus rien ressentir. Le but est de remarquer l’alarme sans la suivre. Les personnes à la sécurité acquise ressentent toujours de l’agitation face à la distance, elles n’en tirent simplement plus de décisions. Entre le stimulus et la réaction apparaît un interstice, et cet interstice est tout le travail.

C’est important parce que beaucoup démarrent avec le mauvais objectif. Qui se donne pour but de supprimer sa peur de l’abandon échoue et y voit la preuve de sa propre faiblesse. Qui se donne pour but de ne rien faire pendant dix minutes progresse par étapes mesurables.

Et une distinction qui compte : l’autorégulation n’est pas le refoulement. Qui, par épuisement, commence à éteindre ses besoins ne marche pas vers la sécurité mais vers le côté évitant. À court terme cela ressemble à un progrès et n’en est pas un.

Il y a encore un obstacle que presque tout le monde sous-estime : la façon dont vous vous parlez après une rechute. Kristin Neff a montré que la dureté envers soi ne régule pas le système mais le maintient allumé, parce que le cerveau traite l’autocritique comme une menace supplémentaire. Concrètement : qui se traite de pathétique après trois messages de trop a ajouté une seconde alarme à la première. La phrase utile est plus ennuyeuse et marche mieux : « C’est arrivé, et c’est compréhensible dans ces circonstances. Qu’est-ce que je fais maintenant ? »

Les cinq étapes

En bref

Cinq étapes changent l’attachement anxieux : nommer l’alarme, tenir la pause, s’apaiser sans l’autre, formuler ses besoins comme une invitation et découpler l’estime de soi de sa réaction. Elles s’appuient les unes sur les autres, et la cinquième est la plus lente.

  1. Nommer l’alarme au lieu de la suivre

    « Mon système d’attachement vient de s’allumer » est une autre phrase que « il se retire, je dois faire quelque chose ». La première crée un millimètre de distance entre le stimulus et la réaction. À cet endroit il n’en faut pas plus, et au début il n’est pas possible d’en faire davantage.

  2. Tenir la pause

    Après chaque déclencheur, dix minutes sans rien envoyer. Ensuite vous décidez. La plupart des messages qui aggravent une situation naissent dans les trois premières minutes. Si cela doit absolument sortir : écrivez-le-vous à vous-même et relisez dix minutes plus tard.

  3. Vous apaiser sans lui

    Expiration allongée, mouvement, eau froide, un appel à quelqu’un d’autre. Exercez-vous les jours calmes, car en alarme vous ne mobilisez que ce qui est déjà rodé. C’est l’étape qui vous rend indépendante, et elle est moins spectaculaire qu’on l’espère.

  4. Formuler vos besoins comme une invitation

    Ni les ravaler ni les reprocher, mais les nommer en laissant le choix. « Je me rends compte que les longs silences me coûtent. Ça m’aiderait que tu me préviennes. » Des formulations concrètes se trouvent dans 12 phrases qui fonctionnent avec un évitant.

  5. Découpler l’estime de soi

    L’étape la plus lente. Il s’agit que son délai de réponse cesse d’être une affirmation sur votre valeur. En pratique cela ne naît pas de la compréhension mais de la répétition : chaque fois que vous n’attendez pas pendant une heure et que la journée est bonne quand même, quelque chose se déplace.

Défaire la monoculture émotionnelle

En bref

Le levier isolé le plus efficace n’est pas psychologique mais structurel : avoir plusieurs personnes dans sa vie qui vous portent. Tant qu’une seule personne est en charge de la proximité, de la confirmation et de l’apaisement, sa disponibilité décide de votre état. Ce n’est pas une question de caractère mais de répartition.

Les êtres humains s’apaisent les uns les autres, c’est normal et sain. Le risque n’apparaît que lorsqu’une seule personne tient ce rôle, et qui plus est une personne portée à la fuite. Les amitiés, les centres d’intérêt et les projets propres ne sont donc pas une diversion du vrai problème. Ils sont la base sur laquelle la sérénité devient possible.

Un test simple : combien de personnes pourriez-vous appeler ce soir si vous alliez mal ? Si la réponse est « une », c’est là la véritable tâche des prochains mois.

Combien de temps cela prend

En bref

Les premiers changements arrivent plus vite que chez le pendant évitant, parce que votre souffrance vous pousse à vous exercer. Au bout de quelques semaines, vous tenez la pause. Au bout de quelques mois, la régulation devient plus facile. Le découplage de l’estime de soi demande des années et n’est pas un état qu’on coche.

Déroulement réaliste avec un attachement anxieux
PériodeCe qui change
Semaines 1 à 4vous remarquez l’alarme mais la suivez encore
Mois 2 à 3la pause tient plus souvent, le temps de rumination baisse de façon mesurable
Mois 4 à 9l’auto-apaisement fonctionne sans son intervention
À partir de l’année 1son délai de réponse ne détermine plus votre journée

Les rechutes font partie du chemin, surtout en période de crise. Ce qui compte n’est pas de savoir si vous rechutez, mais à quelle vitesse vous revenez. Et si vous constatez que la relation vous épuise plus vite que vous ne construisez de force, l’étape suivante est généralement de vous sortir de l’état d’alarme : le guide du contact zéro, qui n’est pas une tactique pour le faire revenir mais une façon de vous retrouver.

Important : ce texte relève de l’information, ce n’est ni un diagnostic ni un substitut à une psychothérapie. Si la peur de l’abandon vous gouverne au point que vous ne pouvez plus dormir, travailler ou être seule sans angoisse, la psychothérapie est le bon endroit pour cela et non un signe de faiblesse. En cas de crise : le 3114, gratuit et joignable 24 heures sur 24. Urgences : 112.

Questions fréquentes

L’attachement anxieux, est-ce la même chose que s’accrocher ?

Non. S’accrocher est un comportement, le style d’attachement est le système derrière. L’attachement anxieux signifie que votre alarme se déclenche particulièrement facilement face à la distance. Ce que vous faites ensuite, écrire, ruminer, contrôler ou vous retirer, en est la pointe visible. Le comportement se change plus vite que le système.

Pourquoi son retrait m’atteint-il physiquement ?

Parce que le rejet social est traité dans le cerveau en partie par les mêmes régions que la douleur physique. L’oppression dans la poitrine, l’estomac noué, l’insomnie ne sont pas de l’hypersensibilité mais une réaction mesurable. Votre corps croit réellement être en danger.

Comment arrêter de regarder mon téléphone en permanence ?

En défaisant le couplage plutôt qu’en luttant contre l’impulsion. Notifications coupées, conversation archivée, aucun coup d’œil au statut en ligne. Et ensuite une activité qui réclame toute votre attention. Chaque heure que vous ne passez pas à attendre entraîne votre système nerveux à fonctionner aussi sans sa réponse.

La peur de l’abandon disparaît-elle un jour complètement ?

Complètement, presque jamais, mais elle perd son pouvoir de commande. L’objectif réaliste n’est pas de ne plus rien ressentir, mais de remarquer l’alarme sans la suivre. Les personnes à la sécurité acquise ressentent toujours de l’agitation face à la distance, elles n’en tirent simplement plus de décisions.

Puis-je changer cela en restant dans la relation ?

Oui, et pour beaucoup c’est précisément le chemin. Une relation avec un partenaire évitant offre largement de quoi s’exercer, parce que le déclencheur revient régulièrement. Cela ne devient difficile que si la relation vous a épuisée au point qu’il ne reste plus de force pour l’exercice. Alors la stabilisation passe en premier.

Quelle différence entre autorégulation et refoulement ?

L’autorégulation, c’est : je sens l’agitation et je fais redescendre mon système. Le refoulement, c’est : je ne la sens plus. La première est l’objectif, le second est la stratégie évitante. Qui, par épuisement, commence à éteindre ses besoins ne marche pas vers la sécurité mais vers l’autre côté.

Pour aller plus loin

Sources et lectures complémentaires
  1. Mikulincer, M. & Shaver, P. R. (2016) : Attachment in Adulthood: Structure, Dynamics, and Change. 2e éd. New York : Guilford Press. Web
  2. Eisenberger, N. I., Lieberman, M. D. & Williams, K. D. (2003) : Does Rejection Hurt? An fMRI Study of Social Exclusion. Science, 302(5643), 290–292. DOI
  3. Hazan, C. & Shaver, P. (1987) : Romantic Love Conceptualized as an Attachment Process. Journal of Personality and Social Psychology, 52(3), 511–524. DOI
  4. Main, M., Kaplan, N. & Cassidy, J. (1985) : Security in Infancy, Childhood, and Adulthood. Monographs of the Society for Research in Child Development, 50(1/2), 66–104. DOI
  5. Skinner, B. F. (1953) : Science and Human Behavior. New York : Macmillan. Web
  6. Neff, K. (2011) : Self-Compassion. New York : William Morrow. Web
  7. Porges, S. W. (2011) : The Polyvagal Theory. New York : Norton.